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Le voyage va-t-il redevenir un produit de luxe ? [ABO]

L'édito de Laurent Guéna


La hausse vertigineuse du prix des carburants et la fiscalité de plus en plus punitive qui frappe les acteurs du tourisme viennent brutalement mettre à mal la démocratisation du voyage à l’étranger accélérée au début des années 2000. Il n’y a que certains snobs pour se réjouir de retrouver un entre-soi que les « petites gens » avaient eu l’outrecuidance de venir troubler.


Rédigé par le Lundi 12 Octobre 2026 à 07:01

Le voyage va-t-il redevenir un produit de luxe ? Depositphotos.com Auteur IgorVetushko
Le voyage va-t-il redevenir un produit de luxe ? Depositphotos.com Auteur IgorVetushko
À rebours des conditions favorables à l’émergence des compagnies low cost et au succès du déstockage d’offres de dernière minute orchestré par les agences en ligne au début des années 2000, voyager semble doucement, mais sûrement, redevenir un privilège réservé aux plus fortunés.

Le Concorde symbolisait le voyage d’une élite. Ryanair et d’autres transporteurs à bas coût ont incarné son ouverture à ceux qui étaient jusque-là financièrement – ou géographiquement – exclus des voyages en avion.

La bascule est déjà perceptible. Dans le pays brestois – c’est aussi vrai à Bordeaux et à Lyon – on compte plus les projets de voyage contrariés par les annulations de dessertes de Volotea.

La compagnie est elle-même confrontée à des hausses du prix du carburant que son modèle économique, fondé sur des billets à bas prix, peine à absorber.


Le symbole Volotea

Autant d’aspirants au voyage qui resteront chez eux pendant les vacances de la Toussaint alors qu’ils espéraient découvrir Faro ou les Canaries.

Et prendre sa voiture depuis Brest pour rejoindre l’aéroport de Nantes afin de trouver des alternatives n'était déjà pas très confortable mais c'est aujourd’hui devenu très coûteux et ce n'est les quelques centimes de moins à la pompe promis par le gouvernement qui changeront la donne.

Et, convenons-en, le train n'est pas une alternative bon marché.

En dépit de ces vents économiques déjà bien contraires, l’industrie du voyage et du transport reste une cible de choix pour le gouvernement dans sa quête de nouvelles recettes pour réduire le déficit. Le projet de loi de finances pour 2027 (PLF 2027) tire à vue sur l’ensemble des acteurs du tourisme.

Un concours Lépine des taxes

Il prévoit notamment de rendre progressive la taxe sur l’exploitation des infrastructures de transport de longue distance (TEITLD), dont le taux pourrait passer de 4,6 % à 12,2 % pour les exploitants les plus rentables, et de relever de 20 € à 22 € par passager le plafond du tarif de sûreté et de sécurité (T2S) applicable aux petits aéroports régionaux.

Le gouvernement prévoit également de puiser 125 M€ dans la trésorerie excédentaire de l’Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV) – au risque de fragiliser ses actions d’aide au départ des publics les plus modestes – et de durcir la fiscalité applicable aux propriétaires qui louent leur bien via Airbnb.

N'en jetez plus, la coupe est pleine.

Quand la vache à lait se sera totalement tarie, le secteur du tourisme n’aura plus qu’une solution pour survivre : augmenter toujours davantage le prix de ses services et supprimer l’offre devenue non rentable, au risque de contraindre de nombreux candidats au voyage à rester chez eux.


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