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Air Austral : Marc Rochet au conseil de surveillance, vers un rapprochement avec French bee ? [ABO]

Marc Rochet devrait être bientôt nommé au conseil de surveillance d’Air Austral


C’est un nom qui fait parler et attise de nombreuses rumeurs. Marc Rochet devrait rejoindre le conseil de surveillance d’Air Austral, à la demande de ses actionnaires privés. Alors que la compagnie est secouée par les turbulences générées par la guerre en Iran, la rumeur d’une consolidation dans le ciel français, notamment entre le groupe Dubreuil Aéro et Air Austral, refait surface.


Rédigé par le Vendredi 9 Octobre 2026 à 07:30

Marc Rochet devrait être bientôt nommé au conseil de surveillance d’Air Austral - DepositPhotos.com, zentro
Marc Rochet devrait être bientôt nommé au conseil de surveillance d’Air Austral - DepositPhotos.com, zentro
L’aérien français, mais aussi européen, est ébranlé par la flambée des tarifs du kérosène engendrée par la guerre en Iran.

Une crise qui intervient au plus mauvais moment pour Air Austral. Le plan de restructuration est terminé, la compagnie ne bénéficie plus de l’accord de performance collective, qui avait permis de réduire les salaires d’environ 10%, et surtout, l’État n’a plus les moyens d’aider les transporteurs.

Dans pareil contexte, les actionnaires de la compagnie réunionnaise ont été informés de la situation. Ils ne semblent pas enclins à lui venir en aide si jamais le trou d’air s’annonce plus important que prévu.

Cette crise ébranle de la même façon toute l’industrie. Il suffit de suivre l’actualité de Volotea pour se rendre compte que personne n’est à l’abri.

En revanche, celui qui a mis le plus d’argent sur la table lors du dernier tour de financement d'Air Austral a souhaité installer un homme de confiance au conseil de surveillance.


Air Austral : "Quel plan Marc Rochet a-t-il derrière la tête ?"

Cette nomination, qui ne dépend désormais plus que de la tenue d’une assemblée générale, est extrêmement commentée parmi les salariés.

Ces derniers redoutent un rachat, voire un démantèlement de la compagnie réunionnaise. "Marc Rochet était déjà présent à tous les conseils de surveillance, en tant qu’expert invité par l’actionnaire de référence, Run Air. Il devrait bientôt prendre un siège autour de la table", nous confie un salarié interloqué par la nouvelle.

Si, pour l’heure, l’ancien patron du groupe Dubreuil Aéro ne figure pas officiellement au conseil de surveillance, ce dernier a vu deux nouvelles têtes arriver fin septembre, avec la nomination de Mathias Deleflie, le fils de Michel Deleflie, principal actionnaire privé d’Air Austral, mais aussi celle d’Arnaud Lagesse.

L’homme d’affaires mauricien, propriétaire d’hôtels dont le Lux* Saint-Gilles, a mis 3 millions d’euros dans le dernier tour de table de la holding détenant Air Austral, selon Le Quotidien de La Réunion.

En plus de ces deux nominations, Marc Rochet devrait donc faire son apparition dans les prochains jours ou les prochaines semaines.

"La question que nous nous posons, nous, les salariés, c’est : pourquoi ? Quel est l’intérêt, pour Marc Rochet, à titre individuel, de pouvoir faire des choses qu’il n’a pas encore pu faire alors qu’il était consultant pour l’entreprise ?

On nous a bien expliqué que sa nomination au conseil de surveillance visait à s’assurer de la disponibilité de son expertise et à encadrer les autres membres, qui ne sont pas des experts de l’aéronautique.

Sauf que, pour nous, Marc Rochet a toujours un plan derrière la tête. Nous aimerions savoir lequel
", s’interroge un salarié avec lequel nous avons échangé.

Il faut savoir que l’ancien patron du pôle aérien de Dubreuil Aéro est déjà dans les murs depuis près de trois ans. En effet, en février 2024, nous vous révélions que la direction avait mandaté le cabinet de Marc Rochet afin de réaliser un audit pour connaître l’ampleur des dégâts.

Air Austral : la rumeur d’une consolidation court à La Réunion et à... Paris

Depuis, le patron d’Aérogestion n’a jamais vraiment quitté les murs d’Air Austral, ses équipes participant même au redressement de la compagnie.

Malgré le travail effectué et les comptes repassés au vert, une partie des salariés est toujours restée méfiante face à la présence du sexagénaire. Et cette nomination au sein du conseil de surveillance ne fait qu’alimenter les suspicions.

"Alors que ce même cabinet intervient auprès d’Air Austral et que son fondateur rejoint désormais son conseil de surveillance, une question de gouvernance mérite d’être posée : où s’arrête le conseil, où commence la décision, et comment garantir une totale indépendance ? Qui conseille ? Qui décide ? Qui contrôle ?

Car, dans une entreprise qui traverse une telle zone de turbulences, qui demande encore des efforts aux salariés et dont les actionnaires annoncent qu’ils ne remettront pas d’argent, les choix stratégiques, les coûts de conseil et les éventuels liens d’intérêts doivent pouvoir être expliqués clairement
", questionne un tract syndical.

Pour certains, il ne faut pas chercher très loin. Marc Rochet arriverait en sous-marin, pour le compte de son ancien employeur, dans le but de mettre la main sur la compagnie réunionnaise.

A lire : Air Austral : "Marc Rochet veut-il nous faire boire le bouillon ?"

C’est en tout cas la théorie qui circule dans les rangs d’Air Austral, mais aussi à Paris, dans les bureaux des acteurs de l’aérien. Un potentiel accord commercial serait même déjà signé, avant une possible intégration dans le giron de la famille Dubreuil.

"Ce qui nous interpelle, c’est que tout cela arrive au meilleur moment pour un groupe qui aurait envie de mener une action prédatrice sur une autre compagnie tricolore, et en plus personne ne s’y opposerait.

C’est même le meilleur moment pour la consolidation.

Nous ne sommes pas contre cette idée, mais si l’on se retrouve seulement avec trois avions pour assurer l’activité régionale, et que les deux tiers des équipes sont licenciés, ce n’est plus vraiment de la consolidation
", déplore un élu syndical.

Hugues Marchessaux : "Je ne suis l’homme de personne"

De son côté, le principal intéressé, Marc Rochet, nous a affirmé que toutes ces théories n’étaient que des affabulations.

Le sexagénaire participe depuis près de trois ans à toutes les réunions du conseil de surveillance, sans que cela n’ait posé le moindre problème. Son arrivée comme membre de l’instance, à la demande du principal actionnaire, viendrait donc simplement officialiser sa présence.

"Marc Rochet est un très grand professionnel, avec une riche expérience de l’aérien. Il conseille depuis un certain temps les actionnaires de Run Air. Ces mêmes actionnaires lui ont demandé d’entrer au conseil de surveillance, à la suite du départ d’un membre. Les choses sont en cours.

D’ailleurs, il assistait déjà à ces réunions depuis de nombreux mois. Donc, dans les faits, rien ne change
", nous détaille le président du directoire d’Air Austral.

Pour Hugues Marchessaux, circulez, il n’y a rien à voir. Selon lui, cette nomination ne devrait pas changer grand-chose. Elle traduirait plutôt la volonté des actionnaires d’assurer un suivi continu de la compagnie. Reste que, pour certains, Hugues Marchessaux ne serait qu’un homme de paille de Marc Rochet.

Pourtant, les deux hommes n’ont eu que très peu de contacts, notamment du temps où ils travaillaient pour le Groupe Dubreuil. En effet, le premier a été recruté seulement six mois avant le départ du second. Nous sommes donc loin du salarié dévoué corps et âme.

"Tout ça, ce sont des légendes. Un ancien Premier ministre disait un jour : le Président, c’est le Président, et moi, c’est moi. Je suis le président de cette entreprise, je la dirige. Je ne suis l’homme de personne", affirme-t-il.

Vers une concentration dans le pavillon français ?

Le groupe Dubreuil, que nous avons questionné sur le sujet d’un possible rachat ou d'un rapprochement, nie toute éventualité.

Même Paul-Henri Dubreuil écarte cette hypothèse. Air Austral est en concurrence frontale avec French bee et exploite des Boeing, alors que les compagnies de l’entreprise familiale volent sur Airbus.

De plus, si certains patrons rêvent toujours d’une consolidation, cette idée ne reste qu’au stade de la rumeur, selon Hugues Marchessaux.

"Je souris en entendant cette théorie parce que, quand je suis arrivé chez Air Caraïbes Atlantique, en provenance de CMA-CGM, ces bruits revenaient aussi.

Il n’y a pas de projet de consolidation !
Chaque compagnie est concentrée, dans la période que nous vivons actuellement, sur la bonne gestion de son activité. C’est ce qui compte. Tout le reste, ce ne sont que des rumeurs habituelles qui reviennent tous les six mois ou un an
", balaye le président du directoire d’Air Austral.

Ainsi, d’après nos interlocuteurs, il ne faut pas voir dans la nomination à venir de Marc Rochet le déplacement d’un pion sur un échiquier, destiné à faire tomber la reine de la compagnie réunionnaise et à provoquer la victoire du groupe Dubreuil.

L’aérien serait aujourd’hui trop concentré sur la nécessité de passer la crise sans trop de casse pour mener une consolidation qui, pourtant, fait souvent sens quand rien ne va.


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