logo Partez en France  




Tourisme sportif : le secteur change de braquet

L'analyse d'Armelle Solelhac, fondatrice et CEO de SWiTCH


Réunis début octobre 2026 à Mandelieu-la-Napoule pour la 4e édition du Congrès du Tourisme Sportif, destinations, fédérations, organisateurs d’événements et entreprises ont dressé le même constat : le tourisme sportif n’est plus une niche. Désaisonnalisation, héritage des grands événements, adaptation climatique, santé, mobilité et expérience client redessinent désormais les contours de cette filière.


Rédigé par Armelle Solelhac le Lundi 19 Octobre 2026 à 07:18

Le tourisme sportif passe progressivement d’une logique de volume à une logique de valeur - Depositphotos.com Auteur Wavebreakmedia
Le tourisme sportif passe progressivement d’une logique de volume à une logique de valeur - Depositphotos.com Auteur Wavebreakmedia
« Le tourisme sportif, ce n’est pas une niche, c’est systémique. » La formule de Nicolas Dayot, président délégué de la Confédération des Acteurs du Tourisme, résume assez bien les deux journées d’échanges organisées à Mandelieu-la-Napoule.

Longtemps considéré comme un segment spécialisé, le tourisme sportif s’installe désormais au croisement de plusieurs enjeux majeurs du secteur : attractivité des territoires, désaisonnalisation, transition écologique, santé, mobilités, répartition des flux ou encore renouvellement de l’expérience touristique.

La Fédération européenne de l’industrie du sport (FESI) estime le marché mondial du tourisme sportif à 585 milliards d’euros, dont près de 40 % seraient réalisés en Europe.

Son secrétaire général, Jérôme Pero, a surtout pointé une faiblesse structurelle : l’absence de définition et de méthodologie communes permettant d’en mesurer précisément les flux et les retombées. La fédération plaide désormais pour la création d’un observatoire européen du sport, de l’activité physique et du tourisme sportif.

De la pratique sportive à la destination

L’une des principales évolutions évoquées pendant le congrès concerne la place du sport dans l’expérience touristique. Il ne s’agit plus seulement de faire venir des pratiquants autour d’une compétition, d’un spot ou d’un équipement.

« Nous devons passer d’une logique de pratique à une logique de destination », a résumé Jean-Louis Rodrigues, président d’EuroSIMA. Le sport devient une façon de découvrir un lieu, de rencontrer ses habitants et d’en expérimenter les paysages.

Cette évolution oblige les destinations à regarder bien au-delà des infrastructures. Une véloroute, un domaine de randonnée ou un spot de surf ne constituent pas à eux seuls un produit touristique. Il faut pouvoir louer et réparer du matériel, trouver un hébergement adapté, accéder au site, réserver une prestation, obtenir des informations fiables ou être accompagné lorsque l’on maîtrise mal les codes de la pratique.

Le programme Destination France à Vélo, dont les 30 premiers lauréats viennent d’être annoncés, illustre cette approche. Qualité de l’offre cyclable, services, hébergements, accessibilité sans voiture, gouvernance locale ou encore événementiel figurent parmi les critères retenus.

Le vélo concentre d’ailleurs plusieurs des mutations actuellement recherchées par le tourisme : il contribue à travailler les ailes de saison, irrigue des territoires moins fréquentés et crée des infrastructures qui servent aussi aux habitants pour les loisirs ou les déplacements quotidiens.

Les grands événements sommés de laisser un héritage

L’autre grand sujet des débats a concerné le modèle des événements sportifs. Le nombre de spectateurs et les retombées économiques immédiates ne suffisent plus à définir leur réussite. Les territoires regardent désormais davantage l’héritage laissé après l’événement : infrastructures, pratiques sportives, mobilité, emplois, compétences, attractivité ou qualité de vie.

Le Grand Départ du Tour de France 2028 à Reims est ainsi pensé bien en amont comme un outil susceptible d’accompagner le cyclisme local, les mobilités, les associations et l’offre touristique du territoire.

Mais l’acceptabilité devient parallèlement un enjeu majeur. La table ronde consacrée à l’UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc, ndlr) a été particulièrement éclairante. Face à une fréquentation croissante et à la multiplication des activations de marques, la mairie de Chamonix et l’organisateur travaillent désormais autour de trois piliers : le format sportif, la présence des marques et la gestion des spectateurs.

La question environnementale s’invite elle aussi dans l’équation. L’UTMB Group mesure son empreinte carbone depuis 2024 et vise une réduction de 20 % par rapport à cette année de référence, tout en expérimentant des dispositifs destinés à orienter les comportements de mobilité de ses participants.

Dans le même temps, la raréfaction de l’argent public oblige les organisateurs à revoir leurs modèles économiques. Plusieurs intervenants ont estimé que les collectivités ne pourraient plus être sollicitées une fois le projet ficelé : financement, héritage et cohérence avec la stratégie territoriale doivent désormais être travaillés dès la conception de l’événement.

Climat, santé et nouveaux usages

Le changement climatique accélère également la transformation de l’offre sportive touristique. Nordic France en a donné un exemple très concret.

Consultée sur la création d’une « Maison du Nordique » à Valberg, l’organisation a recommandé de privilégier une « Maison des activités de pleine nature », capable demain d’accompagner d’autres pratiques si les conditions d’enneigement ne permettent plus de maintenir le modèle actuel.

Au-delà de la question climatique, plusieurs interventions ont replacé la santé et le bien-être au cœur du sujet. Sport et tourisme sont de plus en plus associés à la prévention, au vieillissement actif, au lien social ou à la recherche de reconnexion. Les vacances sportives ne répondent ainsi plus uniquement à une logique de performance.

Cette évolution rejoint les tendances prospectives présentées par Armelle Solelhac, PDG de SWiTCH, autour du futur du tourisme sportif à l’horizon 2035 : recherche d’expériences mémorables, déconnexion, frugalité, attractivité des lieux iconiques ou encore récompense des comportements responsables.

Au fil des échanges, une idée s’est finalement imposée : le tourisme sportif passe progressivement d’une logique de volume à une logique de valeur.

Une valeur économique, mais aussi sociale, environnementale et territoriale. Pour les professionnels du tourisme, l’enjeu consiste désormais moins à ajouter une activité sportive à un séjour qu’à se demander quelle expérience leur destination peut réellement rendre possible, pour quels visiteurs et dans quelles conditions.

A propos d'Armelle Solelhac

Photo : Armelle Solelhac
Photo : Armelle Solelhac
Diplômée d’un Master en droit et de l’ESCP Business School, Armelle Solelhac part en 2005 faire un tour du monde dans 286 stations de ski, dans 27 pays sur 5 continents pendant 2 ans.

Au retour, elle fonde SWiTCH, un cabinet de stratégie marketing et RSE spécialisé dans le tourisme et les sports outdoor.

En 2016, elle repart pour un 2e tour du monde de plus de 100 destinations balnéaires dans 14 pays sur 4 continents.

En octobre 2019, elle a publié un ouvrage qui fait désormais référence sur le Management et le Marketing des Stations de Montagne dans le monde.

Lu 366 fois

Notez

Nouveau commentaire :

Tous les commentaires discourtois, injurieux ou diffamatoires seront aussitôt supprimés par le modérateur.
Signaler un abus







































TourMaG.com
  • Instagram
  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube
  • LinkedIn
  • GooglePlay
  • appstore
  • Google News
  • Bing Actus
  • Actus sur WhatsApp
 
Site certifié ACPM, le tiers de confiance - la valeur des médias
/****************** *** OCTOBRE ROSE ** ******************/