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Paul-Henri Dubreuil : "Nous allons boucler un exercice positif pour les deux compagnies" [ABO]

Le groupe est à la recherche d’Airbus A350


C’est un patron qui s’expose très peu. Après avoir rétabli sa vérité dans un précédent article consacré à l’instabilité au sein du groupe Dubreuil Aéro depuis sa prise de pouvoir, Paul-Henri Dubreuil a aussi tenu à démontrer que, non, l’entreprise ne navigue pas à vue et qu’elle a bien un patron. Outre les futures ouvertures de lignes, il a évoqué du renouvellement à venir de la flotte long-courrier et des performances économiques de ses compagnies, malgré un contexte particulièrement tendu.


Rédigé par le Lundi 19 Octobre 2026 à 07:18

Air Caraïbes : "Nous sommes à la recherche d’A350" selon Paul-Henri Dubreuil - Crédit photo : RP
Air Caraïbes : "Nous sommes à la recherche d’A350" selon Paul-Henri Dubreuil - Crédit photo : RP
Après Christine Ourmières-Widener, puis Paul-Henri Dubreuil, Géry Mortreux a pris ses quartiers dans le bureau du directeur général du pôle aérien du groupe Dubreuil.

Et cela ne semble pas être une mince affaire, puisque ses deux prédécesseurs ne sont restés en poste que 18 mois chacun.

Si l’ancien numéro 2 de l’ingénierie et de la maintenance d’Air France Industries KLM souhaite s’inscrire dans la durée, Paul-Henri Dubreuil espère lui aussi que son duo avec Géry Mortreux tiendra dans le temps, malgré le contexte délicat dans lequel est plongé l’aérien français.

Confrontées à la flambée des cours du kérosène et à la difficulté d’augmenter leurs prix, voire de réguler leurs programmes, les compagnies tricolores sont en souffrance.

"C’est une époque difficile. Nous sommes couverts et nous allons boucler un exercice dans le vert pour les deux compagnies, même si nous ne savons pas encore à quel niveau. Et, à mon avis, ce ne sera pas le cas pour tout le monde.

Effectivement, nous sommes quand même interpellés par cette situation sur le pétrole. Il était à 700 dollars la tonne avant le début de la crise, il est aujourd’hui à 1 500 dollars. C’est effectivement considérable dans nos conditions d’exploitation
", nous explique Paul-Henri Dubreuil, président du groupe Dubreuil.


Le kérosène pénalise "pas tant le modèle low cost que le loisir"

Dans ces conditions, les couvertures carburant permettent de limiter la casse, sauf qu’elles ne durent qu’un temps.

Pour Air Caraïbes, selon son dirigeant, cet outil permettra de se prémunir contre les fluctuations des cours du pétrole en 2027, alors même qu’il n’est plus possible de se couvrir actuellement, en raison des niveaux particulièrement élevés du baril.

"Nous ne savons pas combien de temps vont durer les folies de Trump là-bas.

Et ce prix du kérosène (202 dollars le baril en Europe, soit une hausse de 122 % selon l’IATA, ndlr) est pénalisant pour tout le monde. Low cost ou pas, je pense que même les compagnies comme Air France ont des limites et qu’à un moment donné, on pourra augmenter les prix des billets.

Après, il est vrai que cela touche davantage le segment loisirs, car les Français font face à d’énormes contraintes de pouvoir d’achat, ce qui les conduit à partir au Maroc ou en Tunisie. Nous voyons aussi que l’Égypte repart.

Ces derniers mois, les Français font des arbitrages qui pénalisent le long-courrier au profit de destinations moins lointaines. Aux États-Unis, nous souffrons de l’effet Trump.

Depuis son élection, le trafic vers les États-Unis a glissé, alors que, dans le même temps, Air France, notre grande concurrente sur cette destination, avait maintenu son offre
", déplore Paul-Henri Dubreuil.

Une situation qui a poussé le dirigeant à taper du poing sur la table et à faire remonter son mécontentement au plus haut niveau de la compagnie nationale.

En maintenant ses capacités sur des routes dont les Français se sont détournés, Air France a contribué, selon lui, à alimenter une guerre des prix. Une situation qui a empêché les autres transporteurs d’augmenter leurs tarifs, l’offre restant supérieure à la demande.

Le message semble toutefois avoir été entendu. Depuis quelques semaines, les capacités ont diminué, permettant aux compagnies de procéder à des ajustements tarifaires.

Mais ce qui s’est passé sur les liaisons vers les États-Unis pourrait également se reproduire cet hiver aux Antilles, dont Air France a fait une priorité pour occuper ses avions.

Antilles : "Un jour, un concurrent arrivera, les mêmes causes produiront les mêmes effets"

"Nous attendons de voir ce qu’ils vont faire. Nous sommes passés devant Air France en parts de marché au premier trimestre 2026, sur les Antilles. Nous ne sommes pas très loin d’eux non plus à La Réunion, donc le leadership est de notre côté.

On verra, car certains affichent des capacités qu’ils finissent par retirer, parce qu’ils n’arrivent pas à remplir leurs avions.

En plus, même chez Air France, personne n’a envie de perdre de l’argent
", philosophe le dirigeant.

A lire : Paul-Henri Dubreuil : "Non, le groupe ne navigue pas à vue !"

Air Caraïbes et French bee semblent désormais en ordre de marche pour affronter un marché particulièrement complexe.

Le groupe bénéficie également de l’arrêt des lignes d’Air Antilles, suite à la faillite de la compagnie, lui assurant une situation de monopole sur la desserte régionale. Une position favorable qui, selon son patron, ne se traduit pas pour autant par des abus tarifaires.

"J’ai donné comme instruction très claire de ne pas trop remonter les prix.

Aujourd’hui, nous rendons un service de qualité avec nos quatre ATR. Un jour, peut-être qu’un concurrent arrivera. Mais les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Celui qui viendra devra avoir les poches bien profondes parce que, de toute façon, dans ces cas-là, les deux compagnies basculent dans le rouge.

Faire vivre une compagnie avec seulement trois ATR, à l’image de la relance d’Air Antilles, n’était pas possible, car ce modèle d’avion revient six fois plus cher au passager-kilomètre transporté qu’un Airbus A350
", nous explique-t-il.

La concurrence semble désormais difficilement envisageable sur ces territoires. Éric Koury avait bien préparé son retour, mais ses déboires judiciaires ont contrecarré ses projets.

Et ce leadership aux Antilles ne semble pas nécessairement s’être accompagné d’un rapprochement avec les professionnels du tourisme. Les tour-opérateurs et les agences de voyages que nous avons interrogés évoquent plutôt un éloignement de la compagnie.

Air Caraïbes : "Nous sommes à la recherche d’A350"

"Clairement, nous avons restructuré la direction commerciale aux Antilles. Nous n’avions pas, jusque-là, de direction commerciale en propre. Ce manque est désormais comblé avec la nomination de Noëlla Abitbol.

Et nous avons Hugues Heddebault, notre directeur commercial en métropole.

C’est vrai que nous avions un peu perdu pied. Il faut dire aussi que Corsair a été très offensif ces dernières années. On s’est sûrement laissé manger un peu de laine sur le dos, mais ce temps-là est terminé.

Nous menons une nouvelle offensive commerciale aux Antilles. Après, concernant les tour-opérateurs, je vais vous dire, nous travaillons avec eux, mais clairement, il vaut mieux vendre ses billets en direct qu’en indirect, parce que la marge est meilleure,
" nous confie Paul-Henri Dubreuil.

Cette restructuration des équipes doit aussi permettre au président du groupe Dubreuil de prendre de la hauteur dans ses décisions stratégiques.

À commencer par les ouvertures de lignes, comme celles vers les Maldives et le Sri Lanka, programmées du 19 décembre 2026 au 2 mai 2027. Un lancement qui ressemble à un pari.

"Nous y allons parce que le hub de Dubaï est au ralenti et parce qu’il y avait une fenêtre de tir, puisque la route vers le Sri Lanka n’est plus desservie depuis la France.

Ce sont des décisions un peu courageuses, parce qu’il n’est pas facile de lancer une ligne comme ça, en partant de rien. Malgré tout, nous sommes aujourd’hui très satisfaits du niveau des ventes. Notre stratégie, c’est d’utiliser au mieux notre flotte, au meilleur moment. Donc, en aucun cas, ce n’est du pilotage à vue, comme vous avez pu le dire.

Nous allons au Sri Lanka lors de la haute saison touristique, qui dure quelques mois là-bas, puis les États-Unis prennent le relais.


Dans un article, vous avez révélé que nous avions le projet d’ouvrir Dubaï. C’est vrai que c’est dans les cartons. La guerre en Iran a changé nos plans, mais peut-être que l’année prochaine, nous ouvrirons Dubaï", s’amuse le quinquagénaire.

Air Caraïbes : "Il est possible de développer d’autres lignes"

Autre sujet d’envergure pour le patron : la flotte.

"Il nous reste deux Airbus A330, dont les financements se terminent en 2029-2030. Nous sommes à la recherche d’A350 pour les remplacer, au minimum, voire pour en prendre davantage si nous avons des possibilités de développement.

Sauf qu’il faut trouver des avions, c’est le sujet du moment. Peut-être que certains de nos concurrents en difficulté laisseront leurs appareils
", nous dévoile-t-il.

Un développement qui va à l’encontre d’une rumeur ayant circulé pendant un temps dans les bureaux de l’entreprise, concernant une éventuelle volonté de la famille Dubreuil de se séparer de son pôle aérien.

N’oublions pas, malgré tout, que l’aérien, hors période de crise, est un secteur générateur de trésorerie, qui peut aussi présenter un intérêt pour un groupe industriel.

"Il n’y a pas de projet de vente ou de séparation de l’activité aérienne, car c’est un secteur où il existe encore des marges de croissance.

Air France a évidemment sa clientèle premium et business, nous aurons du mal à aller la chercher, même si Air Caraïbes propose trois classes de voyage.

En revanche, nous considérons que, dans le sillage d’Air France, il est possible de développer d’autres lignes. Nous avons des idées. Après, il faut avoir davantage d’avions et ce n’est pas facile à trouver
", conclut Paul-Henri Dubreuil.

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