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Corsair : le Gouvernement met la pression sur les actionnaires 🔑

La conciliation en cours n'aboutirait pas, selon Bercy


Les Ă©quipes de Bruno Le Maire sont pas mal accaparĂ©es par le tourisme, en ce moment. Alors que le dossier d'Air Austral nĂ©cessite encore quelques ajustements, Bercy travaille aussi sur celui de Corsair. Aux Antilles, la compagnie de Pascal de Izaguirre est toujours en conciliation. La procĂ©dure a Ă©tĂ© repoussĂ©e d'un mois. D'aprĂšs nos informations, celle-ci pourrait ne pas ĂȘtre trĂšs fructueuse. Mais, paradoxalement, cela ne semble pas inquiĂ©ter grand monde, au ministĂšre de l'Economie...


Rédigé par le Lundi 12 Décembre 2022 à 00:05

Selon Bercy la conciliation de Corsair pourrait ne déboucher sur rien - Depositphotos @zimmytws
Selon Bercy la conciliation de Corsair pourrait ne déboucher sur rien - Depositphotos @zimmytws
A la sortie de l'été, nous apprenions que Corsair avait demandé l'ouverture d'une procédure de conciliation.

Plombée par une dette covid de plusieurs dizaines de millions, notamment envers l'Etat et ses services, la compagnie souhaitait rééchelonner son endettement, pour éviter de se retrouver dans le rouge au début de l'année 2023.

En tout, le passif avoisinerait 124 millions d'euros, d'aprĂšs les aveux mĂȘmes de la direction.

Un montant colossal, pour une entreprise qui n'a réalisé en 2021 que 226 millions d'euros de chiffre d'affaires et qui continuait de creuser son déficit en 2022.

"Il ne faut pas se faire d'illusions : 2021/2022 ne sera pas un bon exercice, ce sera mĂȘme un nouveau mauvais exercice. C'est comme ça," nous soufflait, fataliste, Pascal de Izaguirre, le PDG de Corsair.

A lire : Corsair en procĂ©dure de conciliation, faut-il s'inquiĂ©ter ? 🔑

Depuis, le SNPL a dĂ©posĂ© un prĂ©avis de grĂšves juste quelques jours avant les fĂȘtes de fin d'annĂ©e, pour dĂ©noncer "la provocation en guise de dialogue social".

C'est dans ce contexte social lourd que la compagnie tente de restructurer sa dette, en espérant en effacer une bonne partie. Entre l'espoir et la réalité, la vérité est partagée.

D'autant que la procédure de conciliation, repoussée d'un mois, pourrait ne déboucher sur pas grand chose...


Corsair : faut-il s'inquiéter d'une conciliation qui dure ?

Du moins, c'est ce qui fuite dans les couloirs de Bercy oĂč nous avons pu Ă©changer avec une personne en charge du dossier.

Les discussions ont lieu et le contact est constant, rappelle la source. Par contre et pour l'heure, aucune solution n'a été trouvée pour alléger le lourd passif de Corsair. Mais il ne faut pas voir dans ce report une source d'inquiétudes, mais plutÎt un recours classique.

"Ce sont des négociations compliquées sur des masses financiÚres trÚs importantes, donc cela prend du temps," nous explique-t-on sur les Quais parisiens.

Tellement compliquées, que la conciliation pourrait ne pas déboucher sur une solution concrÚte au problÚme de Corsair, d'aprÚs notre interlocuteur, proche collaborateur de Bruno Le Maire.

D'ailleurs aux Antilles, la Drection prĂ©pare les Ă©quipes Ă  cette Ă©ventualitĂ©. Alors que la rĂ©gion caribĂ©enne se prĂ©pare Ă  dĂ©buter sa haute saison touristique, l'ambiance est (presque) Ă  la fĂȘte.

Les avions font le plein, Air France baisse la voilure et rĂ©duit ses capacitĂ©s, les tarifs s'envolent. MĂȘme la ligne entre Paris et Cotonou, lancĂ©e en novembre 2022, enregistre des chiffres encourageants.

La direction de Corsair retrouve un sourire, quelque peu jauni par la menace d'une grÚve pour les vacances de Noël.

"Nous enregistrons un bond des réservations, les encaissements sont élevés aujourd'hui. La trésorerie est bonne, avec un coupon en hausse à deux chiffres.

Les signaux sont dans le vert,
" nous explique une salariée.

Un renversement apaisant aprĂšs les vents contraires dans les turbines des avions blanc et bleu. La dynamique est telle que direction ne s'inquiĂšte mĂȘme pas de trouver une solution Ă  la dette actuelle.

Maintenant que le risque est écarté à court terme, l'enjeu se situe un peu plus loin dans le temps.

Corsair ne bĂ©nĂ©ficiera pas du mĂȘme rĂ©gime d'aide qu'Air Austral

"Nous ne sommes pas pessimistes, mais différentes choses rendent le dossier un peu compliqué," lùche le cabinet du ministre.

La restructuration financiĂšre de Corsair va prendre du temps, il faudra ĂȘtre patient, nous prĂ©vient-on. Si l'urgence n'est pas la mĂȘme que celle qu'a connu Air Austral, nous sentons que les nĂ©gociations ne sont pas si aisĂ©es.

Aux Antilles, certains responsables ont des discours crispants et demandent beaucoup (trop) d'efforts Ă  l'Etat.

Ils espÚrent concrÚtement obtenir un accord similaire à celui qu'a obtenu le transporteur réunionnais. Et là, nous entrons dans un jeu d'influence.

"Ce qui est trÚs important pour nous c'est que les acteurs ne se comparent pas l'un et l'autre. Il pourrait y avoir une course à l'échalote, car l'un a obtenu tel ou tel abandon de dettes et, par conséquent, l'autre veut autant," constate Bercy.

A lire : Air Austral sera-t-elle sauvĂ©e pour NoĂ«l ? 🔑

Cependant, le pĂšre NoĂ«l pourrait ĂȘtre moins gĂ©nĂ©reux qu'avec Air Austral. L'espoir de bĂ©nĂ©ficier d'un effacement de 80% des dettes de l'entreprise moyennant une recapitalisation de seulement 30 millions d'euros, paraĂźt s'Ă©loigner.

Surtout que l'Etat est déjà intervenu dans le passif, lors de la reprise par les Antillais.

Il sera dans l'incapacité légale vis-à-vis de l'Europe d'accorder des aides supplémentaires. Par contre une intervention, autour d'une restructuration, comprenant un abandon de la dette, est toujours possible.

Car force est de constater que, 2 ans aprÚs la crise sanitaire, l'Etat français est toujours le principal "créancier" de Corsair...

Corsair : un dernier plan de soutien, puis plus rien !

Mais le soutien du Gouvernement, comme pour Air Austral, sera conditionné à l'accord de Bruxelles auprÚs de qui il faudra justifier des millions de passif effacés dans les entreprises privées.

D'autant que cela fait deux fois, depuis 2020, que le dossier revient sur les tables de la Commission européenne.

"Les rĂšgles sont strictes : b[nous ne pouvons pas cumuler plan d'aide sur plan d'aide, c'est une contrainte assez forte sur ce dossier," nous affirme-t-on depuis Paris.

Il sera nĂ©cessaire que les acteurs privĂ©s en prennent leur part aussi, car la marge de manƓuvre du Gouvernement sera Ă©troite et Ă©piĂ©e depuis Bruxelles.

En somme, ce dernier met la pression auprĂšs des actionnaires.

Une chose est sĂ»re : si aide il y a Corsair devra faire avec des contraintes imposĂ©es par la Commission europĂ©enne. A l'heure, oĂč nous Ă©crivons ces lignes, le transporteur doit composer avec une flotte limitĂ©e Ă  9 appareils jusqu'au 30 septembre 2023.

Une disposition qui pourrait donc ĂȘtre renouvelĂ©e et d'autres lui seront sans doute ajoutĂ©es.

"Tout ne repose pas sur nous, il reste à savoir l'acteur privé qui sera à bord de l'entreprise," nous précise-t-on.

Et Ă  ce sujet, les actuels actionnaires seraient prĂȘts Ă  remettre au pot, tout en ayant (sans doute) l'appui d'un nouvel arrivant.

Ce dernier ne serait autre que Laurent Abitbol avec Marietton. Le Lyonnais serait en passe de transformer ses obligations et d'entrer dans le capital du transporteur.

Il semble avoir été conquis par les avantages et les petits tarifs que lui confÚre sa proximité avec Corsair, notamment sur les Antilles et la République Dominicaine.

Aérien : le gouvernement pousse (toujours) vers une consolidation

Un nouvel arrivant qui explique, sans doute, la sérénité ambiante.

Dans cette hypothĂšse, le ciel semble se dĂ©gager pour Corsair mĂȘme si on peut lĂ©gitimement se demander pourquoi l'Etat soutient une nouvelle fois une entreprise dont la viabilitĂ© parait prĂ©caire ?

Elle n'a connu que deux exercices bĂ©nĂ©ficiaires depuis 2012, mĂȘme si le covid a lourdement plombĂ© les comptes.

"La temporalité de l'intervention a desservi la compagnie. Nous sommes intervenus au début de la pandémie. Le paquet d'aides ne prenait pas en compte le cas d'une épidémie sur le long court, rassure Bercy.

AprÚs avoir sauvé 3 compagnies (Air France, Corsair et Air Austral) à coup de milliards, le gouvernement a bien cherché une échappatoire à plus long terme. Durant la pandémie, Bruno Le Maire a plaidé et (fortement) poussé à une consolidation. qui n'est jamais venue.

Par exemple, e rapprochement raté avec Air Austral et celui avec le Groupe Dubreuil n'a pas eu lieu, malgré des relances durant l'année 2022. Bercy en a pris note et le déplore.

"AprĂšs cela pose la question : quelle est la viabilitĂ© Ă  long terme de ces petites entreprises, alors qu’il y a clairement un besoin de consolidation pour obtenir des entitĂ©s plus rĂ©silientes et robustes ?"" questionne Bercy.

Le chapitre, définitivement refermé (?) du mariage Air Austral et Corsair, ne clÎture pas pour autant la recherche d'une consolidation salvatrice pour le pavillon français...

Romain Pommier Publié par Romain Pommier Journaliste - TourMaG.com
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Commentaires

1.Posté par BELLAY le 12/12/2022 19:39 | Alerter
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Il est désormais plus que temps que les actionnaires de Corsair assument enfin leur responsabilités et remboursent au plus vite les dettes contractées auprÚs de l'état qui a déjà largement subventionné depuis des années cette compagnie en déficit quasi permanent.

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