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Agent de voyages : cette jurisprudence qui pourrait changer le mĂ©tier ?🔑

La Cour de cassation a donné raison à des clients sur un problÚme de visa


C'est un sujet que la profession veut cacher sous un tapis, tant la portĂ©e pourrait ĂȘtre importante pour les agents de voyages. En 2019, les clients d'un groupe spĂ©cialisĂ© dans le sur-mesure n'ont pas pu partir aux USA, en raison d'un prĂ©cĂ©dent voyage en Iran. Analyse de la dĂ©cision avec ChloĂ© Rezlan.


Rédigé par le Mercredi 23 Octobre 2024 à 00:05

La Cour de cassation a donné raison à des clients sur un problÚme de visa pour aller aux USA - Depositphotos @laszlo111
La Cour de cassation a donné raison à des clients sur un problÚme de visa pour aller aux USA - Depositphotos @laszlo111
Dans une société de plus en plus judiciarisée, le tourisme ne fait pas exception.

Dorénavant les clients attaquent les agences et voyagistes pour tout, mais surtout rien.

DerniÚrement un professionnel expliquait qu'une personne attaquait un acteur du voyage, car sa femme l'avait trompé avec un employé de l'établissement dans lequel, ils séjournaient.

Et si les agents de voyages doivent connaĂźtre le code du tourisme sur le bout des doigts, cela ne suffit plus.

En plus du devoir d'information, une récente décision de la Cour de cassation pourrait rendre obligatoire celui... de conseil émanant du Code civil.


Pour l'heure, seul le journal Le Monde s'est épanché sur le sujet. Dans l'écosystÚme touristique, tout le monde tente de remiser sous le tapis, un rendu qui pourrait avoir des conséquences "énormes", comme de devoir vérifier les passeports des clients avant d'embarquer.
Alors demain en plus d'ĂȘtre expert en gĂ©opolitique, juriste, comunity manager... les agents de voyages seront-ils aussi des douaniers ? La dĂ©cision du 25 septembre 2024 pourrait donner cette impression.


Quelle est l'affaire des visas ?

Avant d'en savoir plus sur la décision et ses conséquences, revenons sur l'affaire à proprement parler.

Nous sommes le 9 janvier 2019, (la date a son importance) deux voyageurs contactent un spécialiste du sur-mesure (deuxiÚme détail notable), pour un départ le 25 janvier, donc dans 16 jours.

Les voyageurs souhaitent se rendre Ă  HawaĂŻ.

Un devis est envoyĂ©, acceptĂ© et payĂ© le jour mĂȘme. Sauf que la demande d'autorisation de voyage aux Etats-Unis d'AmĂ©rique, la fameuse Esta, est refusĂ©e aux Ă©poux, le 22 janvier 2019.

Ils doivent alors obtenir un visa, sauf que la démarche prend plusieurs semaines. Ils ne peuvent donc pas réaliser leur voyage et demandent le remboursement à l'agence de voyages qui s'oppose.

La raison de ce refus : la mention sur leur passeport d'un tampon de la République islamique d'Iran, lors d'un précédent séjour réalisé en 2013.

Pourtant, comme l'explique le rendu de la Cour de cassation, dans le bulletin d'inscription acceptĂ© le 9 janvier 2019, les clients ont bien "les informations relatives aux formalitĂ©s administratives de franchissement des frontiĂšres pour entrer aux Etats-Unis, de sorte qu'ils ont eu la connaissance de la nĂ©cessitĂ© d'obtenir un visa dans l'Ă©ventualitĂ© oĂč ils auraient voyagĂ© en Iran."

Ces informations ont Ă©tĂ© fournies, comme le mentionne notre confrĂšre du Monde, dans "un lien hypertexte, qui les conduit au dĂ©tail de l’offre (Ă©tapes, vols, hĂŽtels, et formalitĂ©s administratives nĂ©cessaires). Ils la signent, et rĂšglent la totalitĂ© du montant."

Les conditions gĂ©nĂ©rales du professionnel prĂ©voyaient que les clients doivent eux-mĂȘmes "vĂ©rifier que les documents administratifs et sanitaires exigĂ©s en vue de l'accomplissement de leur voyage soient en conformitĂ© avec les informations fournies," par l'agent lors de la signature du contrat.

A lire sur le sujet : Quelle est l’obligation d’information de l’agence concernant les formalitĂ©s d’entrĂ©e vis-Ă -vis de clients Ă©trangers ?

Et dans le cas prĂ©sent, s'ils ne sont pas en accord avec les exigences du pays, alors "il ne pourra pas ĂȘtre tenu comme responsable" des consĂ©quences.

L'affaire des visas aux USA : Qu'a dit la Cour de Cassation ?

AprÚs avoir saisi la médiation du tourisme et le tribunal judiciaire de Beauvais qui ont débouté les clients, ils ont poursuivi leur action devant la cour d'appel d'Amiens.

Cette derniĂšre leur donne raison.

Elle estime que dans le cas d'une "d’une prestation haut de gamme et personnalisĂ©e (une agence sur-mesure dont la promesse est de partir l'esprit libre)," la simple obligation d'information prĂ©vue par l'article R 211-4 du code du tourisme n'est pas suffisante et que le voyagiste doit aussi se satisfaire d'une obligation de conseil.

L'agent est dĂ©boutĂ©, il est condamnĂ© Ă  rembourser leurs clients, mais aussi verser des dommages et intĂ©rĂȘts Ă  hauteur de 6 500 euros.

Pour la Cour de cassation est saisie par l'entreprise. Cette derniĂšre ira dans le sens de la cour d'appel, le 25 septembre dernier.

"AprĂšs avoir constatĂ© qu'il avait Ă©tĂ© satisfait Ă  l'obligation prĂ©-contractuelle d'information prĂ©vue Ă  l'article R. 211-4 du code de tourisme, l'arrĂȘt retient que la prestation, ayant Ă©tĂ© spĂ©cialement conçue (sur-mesure, ndlr) pour M. et Mme (X) par la sociĂ©tĂ© (Y) avec une date de dĂ©part prĂ©vue seulement seize jours aprĂšs l'Ă©mission de l'offre de contrat, il appartenait Ă  cette sociĂ©tĂ©, qui connaissait les restrictions Ă  l'entrĂ©e sur le sol amĂ©ricain, de vĂ©rifier si les passeports de M. et Mme (X) ne comportaient pas des mentions nĂ©cessitant l'obtention d'un visa et de les informer de la spĂ©cificitĂ© de leur situation ainsi que des dĂ©lais requis pour faire les dĂ©marches en vue d'obtenir ce visa.

Il en résulte qu'en n'alertant pas M. et Mme (X) sur les risques de ne pas obtenir les documents administratifs leur permettant d'entrer aux Etats-Unis d'Amérique en raison de la date rapprochée du départ envisagé, ce qui constituait une information dont l'importance était déterminante pour leur consentement, la société Y a commis une faute engageant sa responsabilité.
"

L'avis de Chloé Rezlan : "Une décision dangereuse pour les agences"

"Cette décision interpelle et apparaßt dangereuse pour les agences de voyages, si l'on adopte une lecture stricte.

Il ne faudrait pas que les juges appliquent systĂ©matiquement ce devoir de conseil aux agences, mĂȘme lorsqu'elles ont correctement respectĂ© leur devoir d'information en application du Code du tourisme.

Cela reviendrait à leur imposer une vérification systématique des passeports ou des visas par exemple, ce qui ne semble pas proportionné.

En revanche, une lecture plus souple permettrait de conclure que dans certains cas de figure, l'agence soit en effet contrainte de conseiller le voyageur. En l'espÚce, cette obligation découlait de deux critÚres : le fait que le voyage ait été créé sur-mesure et que le départ était peu de temps aprÚs la conclusion du contrat.

En consĂ©quence, au moment oĂč le client rĂ©servait, il Ă©tait dĂ©jĂ  manifeste qu'il ne pourrait pas partir n'ayant pas de visa et c'est pourquoi la Cour retient une dĂ©faillance de l'agence.

Quoi qu'il en soit, les agences doivent redoubler de vigilance et ne pas lésiner sur les mentions à insérer dans leurs CGV par exemple, pour tenter de limiter leur responsabilité au maximum
" analyse Chloé Rezlan, avocate associée du cabinet Adeona.

Pour un autre juriste du secteur, ce rendu représente un énorme problÚme pour les professionnels. D'autant qu'il a été émis par la Cour de cassation, la plus haute instance juridictionnelle du droit privé français.

De plus, la dĂ©cision a Ă©tĂ© publiĂ©e au bulletin,"la cour estime que l'arrĂȘt est soit un revirement de jurisprudence, soit il a une portĂ©e particuliĂšre et donc d'importance," poursuit-il.

Les EDV tentent de minimiser l'ampleur de la sentence

Pour Khalid El Wardi, les agents de voyages ne pourront plus se contenter de la seule obligation d'information.

"La décision semble créer une obligation de vérification des documents du client, voire une anticipation de leurs spécificités administratives...

Tout cela est bien loin de la façon dont nous avions l'habitude d'interpréter l'article R211-4 et l'obligation d'information des AGV en matiÚre de formalités administratives,
" selon le secrétaire général de la Médiation Tourisme et Voyage.

Le Code civil qui semble désormais s'appliquer pour les agents de voyages va bien au-delà du devoir d'information.

Il stipule que l'obligation de conseil s'applique lorsqu'une partie contractante qui connaĂźt une requĂȘte dont l'importance est dĂ©terminante pour le consentement de l'autre.

Dans ce cas présent alors elle doit l'en informer
dÚs lors que, légitimement, "cette derniÚre ignore cette information ou fait confiance à son cocontractant."

Normalement présent dans le quotidien des avocats et notaires, ce devoir rentrerait donc dans la to do list des agences de voyages.

Malgré tout, pour les Entreprises du Voyage, il n'est pas question de s'alarmer d'une telle décision. Il convient de savoir raison garder. Cette décision s'inscrit dans une dynamique bien connue qui va au-delà de l'industrie touristique, à savoir une plus grande protection du consommateur.

"De telles décisions arrivent de temps en temps.

Cela fait partie des aléas que nous pouvons avoir connaitre, nous n'allons pas nécessairement donner des consignes à nos adhérents.

La décision est subjective et nous ne devons pas alourdir les obligations que nous donnons aux agences, d'ailleurs ce serait contreproductif en termes de responsabilité,
" tente de minimiser Valérie Boned.

La raison de cette réponse mesurée réside dans le fait que l'instance a tranché le cas d'une agence de voyages sur-mesure, donc des séjours relativement onéreux qui sont cessés impliquer un soin particulier, mais aussi un départ trÚs rapproché dans le temps.

VoilĂ  pourquoi la dĂ©cision ne saurait ĂȘtre gĂ©nĂ©ralisĂ©e Ă  toute l'industrie.

Nous verrons, si dans les prochaines semaines, la Cour de cassation sera suivie dans d'autres dossiers. Il sera alors temps de s'alarmer et de faire évoluer le métier...


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Commentaires

1.Posté par MARQUENET Philippe le 23/10/2024 09:01 | Alerter
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Bonjour Ă  tous.
Il est inexact de dĂ©crire et de faire croire qu’on ne peut pas aller aux États-Unis aprĂšs ĂȘtre allĂ© en Iran.
La rĂ©glementation est simple et doit ĂȘtre connu de tous.
AprĂšs un voyage en Iran, l’Esta est refusĂ© par les USA (l’esta est un visa facilitĂ©).
Il faut donc faire un visa
Remplir un formulaire sur Internet DS 260
https://ceac.state.gov/genniv/
https://ceac.state.gov/GenNIV/Default.aspx
Ensuite on obtient un rendez-vous Ă  l’ambassade des USA et le visa est dĂ©livrĂ© le lendemain pour 10 ans.
Le coĂ»t est d’environ 150 €.
À votre disposition.
Cordialement

2.Posté par CDMV le 25/10/2024 23:07 | Alerter
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Bonjour,

Se pose donc une question dans la mesure ou les Travel planner se disent "spécialiste du sur mesure" et facture du conseil et pas a petit prix entre 150 et 600 euros pour du conseil d'expert du sur mesure . On en déduis donc que le défaut de conseil plane sur cette profession de travel planner !!!
Qu'en penses les pros du sujet comme Maitre Rezlan et Chapka ?

3.Posté par Visamundi le 04/11/2024 12:15 | Alerter
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Attention, l'ESTA n'est pas un "visa facilitĂ©" dans le sens oĂč il se destine justement aux nationalitĂ©s faisant partie du programme d'exemption de visa (VWP).

Les USA font partie des rares nations à compliquer de maniÚre exagérée leurs démarches, notamment pour le transit, au point de forcer certains voyagistes à trouver des plans B. Et le UK fonce droit dedans aussi avec le futur ETA qui obligera aussi les vols en transit à l'obtenir.

Une opportunité pour nos aéroports européens ? L'ETIAS européen (équivalent à l'ESTA US donc) ne sera pas demandé pour le transit en 2025...

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