Retards, annulations, refus dâembarquement sans indemnisation... En dĂ©cembre dernier, Ryanair a Ă©tĂ© condamnĂ©e pour ne pas avoir respectĂ© les droits de ses passagers entre avril 2016 et juillet 2019 - DR : DepositPhotos.com, photovs
Si elle vient de remporter une bataille en Italie face Ă Lastminute Ă propos de son modĂšle de distribution, Ryanair a Ă©galement essuyĂ©, voilĂ deux mois, une condamnation pour non-respect des droits de ses passagers, devant le tribunal de commerce dâAix-en-Provence.
L'information passe difficilement inaperçue, elle figure mĂȘme en page d'accueil du site de Ryanair, sous la forme d'un message intitulĂ© "CommuniquĂ© judiciaire".
Dans un cadre rouge, avec des termes surlignés en gras, la mention est visible par tous les clients de la low cost.
"Ce message est une des sanctions du jugement du tribunal de commerce dâAix-en-Provence en date du 12 dĂ©cembre 2023. La compagnie low cost a Ă©tĂ© condamnĂ©e pour ne pas avoir respectĂ© les droits de ses passagers entre avril 2016 et juillet 2019.
Plus prĂ©cisĂ©ment, pour de nombreux retards, annulations et refus dâembarquement sans indemnisation des passagers, contrairement au RĂšglement europĂ©en sur les droits des passagers aĂ©riens", explique dans une communication l'UFC-Que Choisir.
L'information passe difficilement inaperçue, elle figure mĂȘme en page d'accueil du site de Ryanair, sous la forme d'un message intitulĂ© "CommuniquĂ© judiciaire".
Dans un cadre rouge, avec des termes surlignés en gras, la mention est visible par tous les clients de la low cost.
"Ce message est une des sanctions du jugement du tribunal de commerce dâAix-en-Provence en date du 12 dĂ©cembre 2023. La compagnie low cost a Ă©tĂ© condamnĂ©e pour ne pas avoir respectĂ© les droits de ses passagers entre avril 2016 et juillet 2019.
Plus prĂ©cisĂ©ment, pour de nombreux retards, annulations et refus dâembarquement sans indemnisation des passagers, contrairement au RĂšglement europĂ©en sur les droits des passagers aĂ©riens", explique dans une communication l'UFC-Que Choisir.
57 passagers de Ryanair indemnisés
Si la dĂ©cision du tribunal de commerce dâAix-en-Provence est susceptible de recours, elle vient en premiĂšre instance lourdement sanctionner la compagnie en insistant sur "la rĂ©sistance caractĂ©risĂ©e, abusive et condamnable de cette derniĂšre Ă reconnaĂźtre et verser les indemnitĂ©s prĂ©vues par la lĂ©gislation europĂ©enne", ajoute l'UFC-Que Choisir.
Ainsi, 57 passagers Ă©ligibles Ă lâindemnisation relevant de lâarticle 7 du RĂšglement CE n°261/2004 du Parlement EuropĂ©en et du Conseil du 11 fĂ©vrier 2004, ont obtenu 250⏠de dommages et intĂ©rĂȘts chacun, en plus d'une indemnitĂ© lĂ©gale de 250âŹ.
L'association de dĂ©fense des consommateurs a obtenu, quant Ă elle et en raison de cette mĂȘme "rĂ©sistance fautive", 150 000⏠de dommages et intĂ©rĂȘts en rĂ©paration du prĂ©judice Ă lâintĂ©rĂȘt collectif des consommateurs.
Quelles leçons tirer de ce jugement ?
Mais alors, quelles leçons retirer de ce jugement, notamment pour les passagers ?
Tout d'abord, que le RĂšglement europĂ©en CE n°261/2004 leur donne droit Ă indemnisation dans plusieurs cas de figure : refus dâembarquement ou surbooking (article 4) ; annulation lorsquâelle ne relĂšve pas de circonstances extraordinaires (article 5) ; diffĂ©rents cas de retards identifiĂ©s dans l'article 6.
L'article 7, quant Ă lui, prĂ©cise le droit Ă lâindemnisation dont le montant est fixĂ© Ă :
a) 250 euros pour tous les vols de 1 500 kilomĂštres ou moins ;
b) 400 euros pour tous les vols intracommunautaires de plus de 1 500 kilomĂštres et pour tous les autres vols de 1 500 Ă 3 500 kilomĂštres ;
c) 600 euros pour tous les vols qui ne relĂšvent pas des points a) ou b).
En ce qui concerne les cas de retard, le jugement rappelle lâarrĂȘt de la Cour de justice de l'Union europĂ©enne (ex-CJCE) du 19 novembre 2009 (Affaire C-402/07 et C-432/07), qui prĂ©cise que : "Les articles 5, 6 et 7 du rĂšglement n°261/2004 doivent ĂȘtre interprĂ©tĂ©s en ce sens que les passagers de vols retardĂ©s peuvent ĂȘtre assimilĂ©s aux passagers de vols annulĂ©s aux fins de l'application du droit Ă indemnisation et quâils peuvent ainsi invoquer le droit Ă indemnisation prĂ©vu Ă lâarticle 7 de ce rĂšglement lorsquâils subissent, en raison dâun vol retardĂ©, une perte de temps Ă©gale ou supĂ©rieure Ă trois heures, câest-Ă -dire lorsquâils atteignent leur destination finale trois heures ou plus aprĂšs lâheure dâarrivĂ©e initialement prĂ©vue par le transporteur aĂ©rien.
Cependant, un tel retard ne donne pas droit Ă une indemnisation en faveur des passagers si le transporteur aĂ©rien est en mesure de prouver que le retard important est dĂ» Ă des circonstances extraordinaires qui nâauraient pas pu ĂȘtre Ă©vitĂ©es mĂȘme si toutes les mesures raisonnables avaient Ă©tĂ© prises, Ă savoir des circonstances qui Ă©chappent Ă la maĂźtrise effective du transporteur aĂ©rien."
Tout d'abord, que le RĂšglement europĂ©en CE n°261/2004 leur donne droit Ă indemnisation dans plusieurs cas de figure : refus dâembarquement ou surbooking (article 4) ; annulation lorsquâelle ne relĂšve pas de circonstances extraordinaires (article 5) ; diffĂ©rents cas de retards identifiĂ©s dans l'article 6.
L'article 7, quant Ă lui, prĂ©cise le droit Ă lâindemnisation dont le montant est fixĂ© Ă :
a) 250 euros pour tous les vols de 1 500 kilomĂštres ou moins ;
b) 400 euros pour tous les vols intracommunautaires de plus de 1 500 kilomĂštres et pour tous les autres vols de 1 500 Ă 3 500 kilomĂštres ;
c) 600 euros pour tous les vols qui ne relĂšvent pas des points a) ou b).
En ce qui concerne les cas de retard, le jugement rappelle lâarrĂȘt de la Cour de justice de l'Union europĂ©enne (ex-CJCE) du 19 novembre 2009 (Affaire C-402/07 et C-432/07), qui prĂ©cise que : "Les articles 5, 6 et 7 du rĂšglement n°261/2004 doivent ĂȘtre interprĂ©tĂ©s en ce sens que les passagers de vols retardĂ©s peuvent ĂȘtre assimilĂ©s aux passagers de vols annulĂ©s aux fins de l'application du droit Ă indemnisation et quâils peuvent ainsi invoquer le droit Ă indemnisation prĂ©vu Ă lâarticle 7 de ce rĂšglement lorsquâils subissent, en raison dâun vol retardĂ©, une perte de temps Ă©gale ou supĂ©rieure Ă trois heures, câest-Ă -dire lorsquâils atteignent leur destination finale trois heures ou plus aprĂšs lâheure dâarrivĂ©e initialement prĂ©vue par le transporteur aĂ©rien.
Cependant, un tel retard ne donne pas droit Ă une indemnisation en faveur des passagers si le transporteur aĂ©rien est en mesure de prouver que le retard important est dĂ» Ă des circonstances extraordinaires qui nâauraient pas pu ĂȘtre Ă©vitĂ©es mĂȘme si toutes les mesures raisonnables avaient Ă©tĂ© prises, Ă savoir des circonstances qui Ă©chappent Ă la maĂźtrise effective du transporteur aĂ©rien."
Ryanair condamnée pour "résistance abusive et fautive"
Autre mention trÚs importante rappelée par ce jugement en ce qui concerne les indemnisations prévues par le RÚglement : si les passagers sont en droit de les exiger, le transporteur, en revanche, n'est pas tenu à un "versement spontané au passager de ces indemnités".
Autrement dit, c'est au passager d'en faire la demande ! "Si le transporteur est dĂ©faillant Ă lâexĂ©cution de ses obligations, le passager doit dans ces conditions prĂ©senter une rĂ©clamation formelle auprĂšs du transporteur, valant mise en demeure de ce dernier, Ă cette date, dâavoir Ă sâexĂ©cuter", indique le Tribunal.
De mĂȘme, le RĂšglement "ne prĂ©cise pas de dĂ©lai spĂ©cifique quant Ă leur versement effectif" (hormis le dĂ©lai de 7 jours prĂ©vu pour le remboursement du billet dâun vol annulĂ© non remplacĂ©).
Autre point Ă retenir, cette fois-ci sur "la rĂ©sistance abusive et fautive" de Ryanair. Dans le jugement, on peut notamment lire que la compagnie a mis "entre 45,3 mois (3,8 ans) et 85,4 mois (7,1 ans)" pour reconnaitre lâexigibilitĂ© des indemnitĂ©s relevant de lâarticle 7 du RĂšglement, et pour ensuite procĂ©der Ă leur versement !
"Quelles que soient les justifications invoquĂ©es par la Compagnie, ces dĂ©lais consĂ©quents caractĂ©risent une rĂ©sistance dĂ©libĂ©rĂ©e, abusive et condamnable, Ă se conformer au RĂšglement et sont constitutifs dâun prĂ©judice certain pour les passagers concernĂ©s, quâil y a lieu de prendre en considĂ©ration", estime le tribunal.
Ce dernier a tenu compte de cet important retard ainsi que des frais supportĂ©s par chacun des passagers dans le cadre de cette procĂ©dure (honoraires dâavocats, commissions UFC-Que Choisir avec INDEMNITâAIR, le service dâassistance aux passagers de transports aĂ©rien de l'UFC-Que Choisir), pour exiger de la low cost le paiement de 250⏠de dommages-intĂ©rĂȘts Ă chacun des passagers Ă©ligibles Ă lâarticle 7 du RĂšglement, pour rĂ©sistance abusive.
Enfin, dans cette affaire, lâUFC-Que Choisir a marquĂ© un point en soulevant le manque de visibilitĂ© pour les passagers quant aux dispositions contractuelles de Ryanair, dĂ©montrant que "la Compagnie recourt Ă une pratique commerciale trompeuse par omission sur une information substantielle et au dĂ©triment des consommateurs, Ă savoir sur leurs droits qui sont, a minima, fournis de maniĂšre dissimulĂ©e et inintelligible".
Si le Tribunal n'a pas reconnu qu'il s'agissait lĂ d'une pratique commerciale trompeuse de la part de Ryanair, au sens de lâarticle L121-2 du Code de la consommation, le jugement souligne tout de mĂȘme que "le site Internet de Ryanair est perfectible".
Autrement dit, c'est au passager d'en faire la demande ! "Si le transporteur est dĂ©faillant Ă lâexĂ©cution de ses obligations, le passager doit dans ces conditions prĂ©senter une rĂ©clamation formelle auprĂšs du transporteur, valant mise en demeure de ce dernier, Ă cette date, dâavoir Ă sâexĂ©cuter", indique le Tribunal.
De mĂȘme, le RĂšglement "ne prĂ©cise pas de dĂ©lai spĂ©cifique quant Ă leur versement effectif" (hormis le dĂ©lai de 7 jours prĂ©vu pour le remboursement du billet dâun vol annulĂ© non remplacĂ©).
Autre point Ă retenir, cette fois-ci sur "la rĂ©sistance abusive et fautive" de Ryanair. Dans le jugement, on peut notamment lire que la compagnie a mis "entre 45,3 mois (3,8 ans) et 85,4 mois (7,1 ans)" pour reconnaitre lâexigibilitĂ© des indemnitĂ©s relevant de lâarticle 7 du RĂšglement, et pour ensuite procĂ©der Ă leur versement !
"Quelles que soient les justifications invoquĂ©es par la Compagnie, ces dĂ©lais consĂ©quents caractĂ©risent une rĂ©sistance dĂ©libĂ©rĂ©e, abusive et condamnable, Ă se conformer au RĂšglement et sont constitutifs dâun prĂ©judice certain pour les passagers concernĂ©s, quâil y a lieu de prendre en considĂ©ration", estime le tribunal.
Ce dernier a tenu compte de cet important retard ainsi que des frais supportĂ©s par chacun des passagers dans le cadre de cette procĂ©dure (honoraires dâavocats, commissions UFC-Que Choisir avec INDEMNITâAIR, le service dâassistance aux passagers de transports aĂ©rien de l'UFC-Que Choisir), pour exiger de la low cost le paiement de 250⏠de dommages-intĂ©rĂȘts Ă chacun des passagers Ă©ligibles Ă lâarticle 7 du RĂšglement, pour rĂ©sistance abusive.
Enfin, dans cette affaire, lâUFC-Que Choisir a marquĂ© un point en soulevant le manque de visibilitĂ© pour les passagers quant aux dispositions contractuelles de Ryanair, dĂ©montrant que "la Compagnie recourt Ă une pratique commerciale trompeuse par omission sur une information substantielle et au dĂ©triment des consommateurs, Ă savoir sur leurs droits qui sont, a minima, fournis de maniĂšre dissimulĂ©e et inintelligible".
Si le Tribunal n'a pas reconnu qu'il s'agissait lĂ d'une pratique commerciale trompeuse de la part de Ryanair, au sens de lâarticle L121-2 du Code de la consommation, le jugement souligne tout de mĂȘme que "le site Internet de Ryanair est perfectible".
QW ou QX : des taxes remboursables
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Au-delà de ce jugement, rappelons également qu'en cas d'annulation de vol ou de no show, les passagers ont la possibilité - s'ils en font la demande - de récupérer certaines taxes, "celles qui sont liées à l'embarquement effectif du passager", commente Me Yves Removille.
Il s'agit lĂ d'une disposition du Code de la Consommation (article L224-66) qui date de mars 2014 et qui prĂ©voit que les taxes aĂ©riennes QW (taxe aĂ©roport) et QX (redevance passager) doivent ĂȘtre remboursĂ©es.
Toutes les autres taxes - surcharge carburant, sureté, solidarité - ne sont pas remboursables", précise l'avocat spécialisé en droit du tourisme.
Le remboursement doit ĂȘtre effectuĂ© dans les 30 jours francs Ă partir de la date de rĂ©ception de la demande, laquelle doit ĂȘtre adressĂ©e Ă la compagnie aĂ©rienne ou Ă l'agence de voyages.
"Cette disposition est relativement peu connue des passagers, nombre d'entre eux ne sont pas au courant qu'ils peuvent demander le remboursement de ces deux taxes", ajoute Me Yves Removille. Pourtant elle figure dans les conditions générales de vente et le contrat de transport.
Les compagnies aériennes qui n'effectuent pas spontanément ce remboursement ne s'exposent à aucune sanction. Le passager, de son cÎté, dispose de 5 ans pour effectuer la démarche, soit le délai de la prescription légale.
"Dans le cas oĂč un passager n'obtiendrait pas le remboursement alors qu'il a fait une demande et qu'il peut en justifier, il peut dĂ©poser une rĂ©clamation auprĂšs de la DGAC ou la DDPP (direction dĂ©partementale de la protection des populations, ndlr) en expliquant que la compagnie aĂ©rienne ne respecte pas les dispositions du Code de la Consommation", commente l'avocat.
En effet, "il existe des amendes administratives qui peuvent ĂȘtre lourdes pour les compagnies qui ne respectent pas ces dispositions : jusqu'Ă 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale", poursuit-il.
Lire aussi : Ryanair - agences : vers un rĂ©chauffement des relations ? đ
Il s'agit lĂ d'une disposition du Code de la Consommation (article L224-66) qui date de mars 2014 et qui prĂ©voit que les taxes aĂ©riennes QW (taxe aĂ©roport) et QX (redevance passager) doivent ĂȘtre remboursĂ©es.
Toutes les autres taxes - surcharge carburant, sureté, solidarité - ne sont pas remboursables", précise l'avocat spécialisé en droit du tourisme.
Le remboursement doit ĂȘtre effectuĂ© dans les 30 jours francs Ă partir de la date de rĂ©ception de la demande, laquelle doit ĂȘtre adressĂ©e Ă la compagnie aĂ©rienne ou Ă l'agence de voyages.
"Cette disposition est relativement peu connue des passagers, nombre d'entre eux ne sont pas au courant qu'ils peuvent demander le remboursement de ces deux taxes", ajoute Me Yves Removille. Pourtant elle figure dans les conditions générales de vente et le contrat de transport.
Les compagnies aériennes qui n'effectuent pas spontanément ce remboursement ne s'exposent à aucune sanction. Le passager, de son cÎté, dispose de 5 ans pour effectuer la démarche, soit le délai de la prescription légale.
"Dans le cas oĂč un passager n'obtiendrait pas le remboursement alors qu'il a fait une demande et qu'il peut en justifier, il peut dĂ©poser une rĂ©clamation auprĂšs de la DGAC ou la DDPP (direction dĂ©partementale de la protection des populations, ndlr) en expliquant que la compagnie aĂ©rienne ne respecte pas les dispositions du Code de la Consommation", commente l'avocat.
En effet, "il existe des amendes administratives qui peuvent ĂȘtre lourdes pour les compagnies qui ne respectent pas ces dispositions : jusqu'Ă 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale", poursuit-il.
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Publié par Anaïs Borios 















