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La Compagnie gagne en maturité et s’installe encore un peu plus en Europe

Le point avec Christian Vernet, PDG de La Compagnie


Doucement, mais sûrement, la Française La Compagnie décline son concept de vol tout business depuis New York vers l’Europe. Christian Vernet, le PDG, fait le point, explique ses choix et se projette vers 2028 avec l’arrivée de l’A320XLR.


Rédigé par le Mercredi 7 Octobre 2026 à 07:16

Un A320LR de La Compagnie à New York. Crédit : depositphoto Nemanjr
Un A320LR de La Compagnie à New York. Crédit : depositphoto Nemanjr
C’est vrai que cette année, dans les allées de l’IFTM Porte de Versailles, il n’était pas facile de rencontrer un dirigeant de compagnie aérienne serein au vu d’une situation qui s’installe, qui semble vouloir durer, avec parmi les conséquences les plus graves pour le secteur aérien l’envolée du prix du kérosène dont la courbe ascendante a croisé récemment celle descendante du moral du monde de l’aérien en particulier.

Nul doute que Christian Vernet regarde cette envolée des prix avec attention, mais c’est un dirigeant plutôt satisfait que nous avons rencontré.

Alors que le patron de Qatar Airways parle, selon l’agence Bloomberg, de la pire crise depuis les trente dernières années, La Compagnie, de par son réseau, son modèle et ses types d’appareils, est bien moins exposée que d’autres et cette année encore devrait rester dans le vert.

Pas de triomphalisme comme à son habitude, mais une satisfaction empreinte de prudence pour le PDG : « L’exercice se termine à la fin du mois prochain, à la fin octobre, et sauf accident de parcours, même si actuellement le pétrole est remonté à 1500 dollars, voire plus la tonne, on sortira un exercice bénéficiaire, ce qui est quand même très heureux.

Cela sera le cinquième depuis la sortie de la crise Covid. On est rentré dans une phase de maturité contrôlée, mais je suis toujours très attentif et très humble par rapport au résultat, parce qu’on sait que les retournements sont toujours possibles et brutaux.

Le transport aérien, c’est une activité qui réagit très, très vite aux difficultés économiques mondiales
. »

Moins d’exposition aux risques

Comment expliquer cette performance ?

Son réseau d’abord, modeste, mais bien choisi au départ de New York et vers l’Europe, autant dire sur des routes parmi les plus fréquentées au monde avec des millions de passagers et une croissance continue du trafic.

Depuis l’Europe, New York reste la première porte d’entrée transatlantique. « L’année dernière, et malgré les atermoiements aux États-Unis, l’alternance de stop-and-go sur les mesures de taxation douanière impactant la vision des dirigeants d’entreprises sur les volumes d’affaires et les potentialités, nous avions clôturé notre exercice fin octobre avec des résultats, les meilleurs de l’entreprise, de son histoire récente, et fait de très bons résultats. »

Cette année, en 2026, le paradoxe américain d’une situation économique aux perspectives instables mais avec une place boursière très en forme a joué en faveur de La Compagnie.

Et le PDG de préciser : « C’est bon pour nous. Une grande partie des passagers loisirs est une clientèle américaine qui, en deuxième partie de vie, est relativement aisée en ayant beaucoup investi sur les places boursières.

Cela se traduit par leur pouvoir d’achat qui augmente. Le voyage dans des conditions i["premium"
est alors une possibilité qu’ils recherchent absolument, et La Compagnie rentre dans leur possibilité.

C’est pour cela qu’on a plutôt eu un maintien, voire une accélération du trafic américain, loisirs en particulier, sur nos destinations. ]i»

Une augmentation des demandes de voyages bienvenue dans le sens USA–Europe, car côté européen, les événements du 28 février (déclenchement de la guerre au Moyen-Orient ndlr), ont frappé de plein fouet La Compagnie.

Conséquence : une demande européenne vers les USA ralentie, aussi à cause d’une administration américaine « un peu rigide » sur les contrôles d’immigration, ayant, selon Christian Vernet, dissuadé un certain nombre d’acteurs du tourisme et des clients préférant se déporter vers d’autres destinations.

Les prix du pétrole ayant contraint les dirigeants de La Compagnie à augmenter le prix des billets, la destination US est devenue très chère, notamment pour des voyages en famille, et malgré un prix très compétitif au vu du produit proposé, des arbitrages ont été faits au détriment de la destination américaine.

Cependant, et malgré une demande « molle » dans un sens cet été, Christian Vernet se félicite d’avoir pu, cette année, augmenter les ventes par rapport à l’année dernière de 2 à 5 % en rajoutant de la capacité avec l’affrètement d’un avion de 52 sièges, équipé tout business, auprès d’une compagnie européenne.

Concernant les deux autres avions de la flotte, ils contribuent aussi à « sauver les meubles » pour l’année 2026 qui voit les prix du pétrole s’envoler.

Économes parce que de nouvelle génération et de taille moyenne, la consommation de carburant par passager sur ces deux A321neoLR tout business, comparée à celle des gros porteurs qui traversent l’Atlantique vers New York, génère un écart de - 25 %.

Des performances qui sont un atout précieux, très précieux ces temps-ci.

Ainsi, l’exercice 2026, qui se termine à la fin du mois d’octobre, et sauf accident de parcours, devrait atterrir une fois encore dans le vert.

De 2026, on retiendra aussi les belles images des joueurs de l’équipe de France de football transportés aux États-Unis par La Compagnie.

Une belle opération, un beau moment de notoriété. « Des joueurs d’équipes qui jouent dans une Coupe du Monde, qui voyagent dans des conditions qui sont très exigeantes, ont permis de montrer que La Compagnie rentre dans ce créneau et ces critères-là, cela a été très positif. On était très heureux de cette opération. On aurait bien aimé ramener la Coupe du Monde avec nous, ce sera pour la prochaine fois », espère Christian Vernet.

La Compagnie : Düsseldorf nous voilà

Christian Vernet sur le salon IFTM. Photo : C.Hardin
Christian Vernet sur le salon IFTM. Photo : C.Hardin
L’arrivée du troisième avion, qui était attendue en ce mois de septembre, mais qui finalement sera livré en mars prochain, va permettre à La Compagnie d’ouvrir une nouvelle destination en Europe, Düsseldorf, à partir du 21 avril prochain, avec 5 rotations par semaine.

Ce choix confirme les ambitions de l’entreprise de se développer au départ de New York sur ce type d’avion et sur des capitales européennes où il y a des flux business intéressants.

Il témoigne aussi, et il faut le dire, d’une stratégie de diversification devant les risques et les difficultés économiques de la France qui, selon le patron de La Compagnie, ne vont pas s’estomper dans l’année qui vient.

Plutôt que d’augmenter les fréquences sur Paris, le choix est fait d’offrir à la clientèle américaine un maillage sur l’Europe avec des destinations « business » pertinentes, qui vont faire de La Compagnie une spécialiste de l’Europe.

Christian Vernet explique son choix : « Düsseldorf se trouve au sud de la Ruhr, la grande région industrielle du nord-ouest de l’Allemagne, qui détient une très grande partie du PIB allemand, une très grande zone de chalandise avec 18,5 millions d’habitants.

Il y a également un très bon tissu de petites et moyennes entreprises, le cœur de notre savoir-faire. De plus, l’Allemagne a toujours été dynamique, les perspectives de croissance sont deux fois celles de la France et environ 1 700 entreprises américaines y sont implantées.

Le flux d’échanges professionnels d’une clientèle B2B entre les deux territoires est donc très important. Également et sur le plan touristique, la vallée du Rhin est très attractive.

Il y a beaucoup de croisières, de l’architecture, de l’histoire, l’Allemagne est aussi riche que la France ou l’Italie.
 »

À noter aussi qu’après le Covid et la faillite d’Air Berlin, Düsseldorf n’était plus reliée directement à New York, un vide dans lequel s’engouffre donc La Compagnie.

Croissance et nouvelles lignes

Avec bientôt trois appareils, et le renfort ponctuel d’un affrètement, La Compagnie continue de se développer.

Cette année, elle a décidé de desservir Nice depuis New York au-delà de la saison d’été et désormais toute l’année à partir du mois d’octobre prochain.

Elle ne s’arrêtera pas là et étudie dès à présent la meilleure façon d’utiliser le quatrième avion prévu, si tout va bien, en juin 2028 : l'A320 XLR, une version avec un rayon d’action allongé pouvant voler vers des destinations jusqu’à 9 600 kilomètres.

« En termes de possibilités, et pour donner la cartographie des possibles, il y a Paris-Pékin, s’il n’y a plus de problèmes de survol de la Russie, Paris-Johannesburg ou encore Paris-San Francisco, par exemple », précise Christian Vernet.

Tout semble à l’étude pour l’instant. Une autre ville aux États-Unis ? Une destination loisirs comme les Maldives ? Christian Vernet et ses équipes réfléchissent. « L’avantage du XLR, c’est qu’il fait beaucoup de choses. Cela ouvre des voies, mais on est encore un peu loin du point de décision. »

Christophe Hardin Publié par Christophe Hardin Journaliste AirMaG - TourMaG.com
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